14 fév 2010

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Jeunes UMP
Les Jeunes de l'UMP

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Grandes écoles et renouvellement des élites : Poser les bonnes questions.

Depuis l’annonce polémique par la Conférence des Grandes Ecoles (CGE), le 23 décembre dernier, de son refus de se voir imposer un “quota“ de 30% d’élèves boursiers par école, celles-ci sont montrées du doigt comme faisant honte à l’idéal républicain d’Egalité. On cite allègrement en exemple d’un système éducatif fondé sur le mérite personnel, les universités américaines où chacun trouverait sa place d’étudiant. C’est oublier que les meilleurs de ces établissements sont encore plus fermés socialement que nos plus prestigieuses écoles après-prépa : il est facile de les montrer du doigt, en omettant le fait que ces inégalités touchent de la même manière nos filières de Maitrise et de Doctorat universitaire.

Tentons de faire un état des lieux fidèle à la réalité avant d’envisager des solutions miracle. Certes, parmi les meilleures écoles dans chaque domaine, la part de boursiers oscille entre 9.5% et 13.7%, mais quelle est la part de boursiers dans les bonnes classes préparatoires ? Après une constante progression, ce chiffre stagne depuis le milieu des années 90, et le montant des aides n’y est pas pour rien. Elles sont effectivement assez confortables dans les prépas publiques, mais une responsable d’une célèbre prépa parisienne m’expliquait que la petitesse des bourses dans les établissements privés sous contrat comme le sien étaient souvent prohibitifs pour des élèves de milieux modestes. Ce lycée n’abrite aujourd’hui que 5-10% de boursiers. Tant qu’un bon nombre des meilleures prépa leurs restent fermées, fixer un “objectif“ de 30% aux meilleures écoles n’a aucun sens.

Cela n’empêche pas les détracteurs de la CGE de s’étendre sur le caractère discriminant des épreuves de concours, Culture Générale et Langues Vivantes en tête. Que répondre à cela ? Mme Pecresse rappelait à raison que “toutes les matières sont socialement discriminantes“, mais sans faire de distinction entre les épreuves que nous nommerons exclusivement discriminantes et celles qui valident un niveau de compétence requis pour suivre tel ou tel enseignement ultérieur. La mission d’inspection lancée à l’occasion de cette controverse étudiera notamment les notes de concours en Culture Générale des élèves issus des milieux les moins favorisés, matière dont le but premier est de départager les candidats. S’il s’avérait que cette épreuve les pénalise par rapport à leurs concurrents, nous penserions alors qu’adapter ces épreuves au regard des différences de capital culturel serait justifié.

Cependant les épreuves d’anglais, pour ce qu’elles ont d’injustes, permettent par exemple de vérifier que le candidat a le niveau suffisant pour suivre des cours majoritairement dispensés en anglais et participer à la visibilité internationale de l’école qu’il souhaite intégrer (le Times classe HEC meilleure business school en Europe). De même, il est impensable de brader les épreuves de science à l’entrée des écoles d’ingénieur ; il faudra donc être prudent dans le cas d’un éventuel remaniement des concours.

De plus, parlant des écoles recrutant en bac+2, il faut considérer que les épreuves d’admission portent sur les connaissances acquises lors des deux ou trois ans de prépa, période suffisamment longue pour gommer au fil du temps les inégalités entre les élèves issus de milieux différents au sein d’une même classe. Les traitements de faveurs accordés à certains de ces élèves lors des concours (qui seraient statistiquement nécessaires pour augmenter le nombre de boursier admis en Ecole) de même que des oraux cherchant à évaluer l’intelligence ou le mérite des étudiants iraient à l’encontre du principe d’égalité face aux concours. La réelle injustice à corriger c’est la sous-représentation de certaines classes sociales dans les prépas les plus prisées.

On se doit de constater que 29% des élèves des Ecoles les plus prestigieuses étaient issus des classes populaires en 1950, contre 9% aujourd’hui, mais il ne faut pas reporter sur ces institutions la faute des systèmes éducatifs primaire et secondaire. On ne s’étendra pas sur la critique de l’école dans cet article ; la sociologue Marie Duru-Bellat dans une interview accordée au Figaro, résume amplement la situation: au niveau des concours, “beaucoup d’élèves méritants ont déjà été éliminés“ et “plus on intervient tard pour rétablir l’égalité des chances, moins l’effet obtenu est important“. L’école ne remplit pas la fonction qu’elle remplissait sous la IIIème République où elle repérait les élèves brillants dès l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe. Aujourd’hui elle perpétue les inégalités. Sarcastique, un membre du CNRS écrit dans le Monde qu’il “est moins couteux d’établir des quotas pour les défavorisés dans les concours“ que de s’attaquer aux problèmes plus profonds.

Alors, sans prétendre s’attaquer à ce problème bien plus complexe, on peut néanmoins chercher des moyens plus censés que des quotas (bien que cette solution n’ait jamais, rappelons le, été proposée par un membre du gouvernement) pour promouvoir l’égalité sociale dans les institutions les plus renommées. Une augmentation des traitements de certains boursiers semble nécessaire, notamment dans les prépas privées sous contrat, qui peinent à attirer leurs candidatures pour de simples raisons financières. Or une part très significative des meilleurs établissements a ce statut.

En outre, comme c’est également l’autocensure qui pénalise beaucoup les lycéens brillant issus de milieux modestes. Il faut saluer et généraliser les initiatives prises par Pierre Tapie, directeur de l’ESSEC et président de la CGE, instigateur du programme “Une prépa, une grande école, pourquoi pas moi ?“. Il s’agit de suivre des élèves à fort potentiel dans des lycées difficiles partenaires de la Grande Ecole pour les aider et les pousser à s’investir et à oser une classe prépa. Selon ses mots, “la vraie égalité des chances consiste à donner à tous les moyens de réussir les mêmes épreuves“. De telles structures, sélectionnant les meilleurs éléments de ces lycées, devraient corriger les défauts de l’enseignement secondaire pour ces étudiants. Le problème est que l’ESSEC n’a que 8 partenariats avec des lycées, alors que Sciences Po, qui a mis en place des programmes comparables quoique moins ambitieux en a 74. Dans la perspective d’extension de ce type de réseau, les Grandes Ecoles pourraient prendre en charge une part de l’augmentation du soutien financier apporté aux élèves disposant de faibles moyens.

Enfin, un certain nombre d’élèves est pénalisé par l’étroitesse des chemins d’accès aux concours. Peu de places y sont réservées aux élèves des filières de classes préparatoires suivant un baccalauréat technologique (STI, STG, notamment) et aux universitaires (BTS et DUT, surtout). Il faudrait également que des prépas ouvrent dans de nouvelles zones géographiques. Il ne sert cependant à rien de se leurrer : si l’objectif est de diversifier l’origine sociale de nos élites, c’est dans les grandes prépas parisiennes qu’il faut promouvoir et se donner les moyens de la mixité sociale.

Pinot de Villechenon

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