14 fév 2010

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Jeunes UMP
Les Jeunes de l'UMP

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Belgique-Belgie: identité-identiteit ? Un débat qui n’est pas que français

A l’automne 2009, les citoyens français ont été officiellement (solennellement!) invités à débattre de la question de l’identité nationale; depuis plusieurs mois cette proposition secoue profondément la France.
Plus que la question elle-même c’est d’abord le fait de la poser qui a fait couler un flot d’encre car, en France, l’expression « identité nationale » charrie un poids historique lourd et, à plus d’un point de vue, encombrant. La question suggère malencontreusement qu’il est aujourd’hui nécessaire et urgent de définir les « vrais français ». Jusqu’à présent on pouvait croire naïvement qu’une carte du même nom suffisait à établir cette fameuse identité nationale. De même, c’est implicitement que l’imagerie populaire confirme ce besoin d’appartenance en codifiant « le » français moyen comme un homme d’âge mûr, moustache fournie, baguette sous le bras et béret vissé sur la tête, le litron dans la poche étant facultatif. La française « moyenne » ne semble elle pas exister.

Après une première réaction d’étonnement, d’embarras même dans l’opposition de gauche il semble aujourd’hui acquis que devant les mutations profondes de la société française il peut être utile – mais pas nécessairement bon – de redéfinir une identité nationale, quitte à la rejeter car inapplicable. Le risque est cependant réel que ce que l’on présente comme valeur républicaine fondamentale puisse, en fin de débat, se retrouver objet de division. En redéfinissant les « vrais français » ne va-t-on pas en arriver à pourchasser les « faux »?. Après le débat sur le « grand » débat lui-même a effectivement été lancé pour se conclure sous peu.
Si la question pose problème en France que dire alors de la Belgique? Pourrait-on lancer dans ce pays fissipare un peu hors norme, un débat citoyen sur un tel sujet qui risque de mettre encore plus à mal le concept Belgique? La citoyenneté belge est-elle en effet le terreau d’une identité? Voyons ici quels pourraient en être les différentes facettes.
Une adhésion simpliste à des grands principes fondateurs de cette démocratie monarchique mais représentative – le Roi, la Loi, la Liberté- comme le dit l’hymne national- ne suffirait sans doute pas à filtrer les vrais belges des faux. Plutôt que de parler d’identité nationale ne devrait-t-on donc pas parler d’abord d’identité tout court? Celle-ci pourrait être régionale, ethnique, sociale ou même personnelle. En Belgique on retrouve ainsi des identités fortes liées à des particularismes régionaux, des fiertés de clocher qui font qu’un borain n’est pas un carolo, Dieu nous en préserve. Possède-t-on ainsi véritablement des racines belges plutôt que liégeoises, thudiniennes, campinoises ou yprésiennes, bref le belge ne se targue-t-il pas plutôt d’une identité d’origine géographique plutôt que d’adhésion? Mais quid alors des nouveaux belges, ceux qui depuis la révolution industrielle et jusqu’aujourd’hui sont venus grossir les rangs de la main d’œuvre qui a permis la révolution industrielle ou qui demain nous sauvera d’un déclin démographique inéluctable. Vont-ils eux s’identifier comme originaires de Petraglia Superiore en Sicile ou de Oujda au Maroc et non pas de Hoboken ou Jemappes? Il reste peu d’espace entre ces pôles identitaires bien lointains.

Faute de trouver dans le présent de quoi alimenter la réflexion, on pourrait commencer par débusquer dans la courte histoire belge des faits, des valeurs ou même des mythes qui nous aideraient à avancer dans la question. Sauf à remonter aux mythiques tribus belges –sans aucun doute « les plus braves de la Gaule » – on ne peut théoriquement remonter plus loin que 1830 comme point de départ historique d’une tentative de définition de l’identité belge. Est-ce l’année ou une âme nationale ou même un génie du même ordre a vu le jour? Après les Bourguignons, les Espagnols, les Français et les Autrichiens, les Hollandais auraient-ils finalement donné cette occasion d’affirmation populaire ou a-t-il fallu attendre que la Reine Victoria désigne un de ses neveux pour voir se former une auto-conscience nationale autour du premier roi?
Clairement, la question de l’identité nationale belge ne renvoie pas du tout à une évidence. Elle est par contre, comme en France, chargée d’un sens politique considérable.

Ne risque-t-on pas, en posant la question, de voir une identité de classe se forger et réapparaître malgré le déclin des diverses théories qui les ont vu naître. Ne verra-t-on pas le citoyen se redéfinir à nouveau en tant que travailleur de la terre (peu probable), ouvrier (il en reste de moins en moins), membre de la classe « moyenne » (l’horrible terme), fonctionnaire (forcément « haut » !), membre d’un groupe religieux (une brebis du troupeau), défenseur de la laïcité, intellectuel (pourquoi pas ?), entrepreneur (prestigieux !), bourgeois (difficile après Jacques Brel), nouveau riche (avouable ou non, c’est selon) ou même aristocrate (ancien ou –horresco referens- nouveau). Ne peut-on légitimement se présenter comme s’étant forgé sa propre identité par rapport à son travail, sa famille, son entourage, sa carrière, ses contacts ? N’exprimerait –t-on son appartenance que par rapport à ses racines ? On pourrait alors en choisir soi même les éléments qui donneraient un sens à une identité « subjective », on réinventerait sa généalogie. Dans ces cas l’Etat serait le dernier placé pour attribuer une appartenance fuyante. Cette identité serait, de plus, temporaire car les enfants ne vont certainement pas se définir la même (plutôt Européenne) que celle de leur père ardent défenseur de la « Belgique de papa ». L’identité varie dans le temps et c’est peut-être vraiment là que se trouve le besoin de la rafraîchir.

On peut, de plus, se demander s’il n’existe pas aujourd’hui un besoin extérieur de faire évoluer cette identité nationale. L’Europe se construit, oublions donc la nation et forgeons des européens! On peut donc vouloir partager cette identité continentale avec 500 millions d’autres citoyens, à condition qu’elle soit suffisamment convaincante que pour en faire au moins une identité d’intention à défaut d’une identité de fait. La question semble bien incongrue dans le landerneau politique des régions, des communes et de l’ Etat fédéral belge. Peut-on rêver en effet d’un gouvernement belge qui ferait de l’identité un outil de cohésion nationale (ouh….!). Dans une clarté d’intention qui détonnera sans doute dans le paysage politique, un autre penchera-t-il plutôt pour une appartenance supra-régionale (ah! La grande Picardie) ou Européenne en sautant à pieds joints au dessus du ruisseau national? En feuilletant les revues de luxe ou en lisant les rapports de nos agences commerciales extérieures, on en arriverait même à penser que finalement, la Belgique se réduira bientôt à un argument de vente, un « made in Belgium »© appliqué aux chocolats comme au savoir-faire ?
Peut-on ne se sentir belge que lors d’un grand évènement national (la mort d’un roi, une coupe de foot gagnée, une sordide affaire de pédophile, etc..). Sera-t-on réduit un jour à ne revendiquer cette fierté diffuse que dans la couleur des plaques minéralogiques, dernier refuge des « patriotes » ?
Mais l’identité belge ne serait-elle pas tout d’abord celle de la tolérance, de la convivialité, de l’accueil, de la solidarité, de l’ouverture en d’autres termes celle des droits de l’homme et de l’universalisme? Paradoxes dans un pays que l’on dit étriqué et trop souvent mesquin.
Au risque de passer pour une provocatrice (mais du chaos peut naître la lumière!) on peut quand même essayer d’identifier les composantes possible de cette identité nationale apparemment bien élusive. Cela devrait permettre à chacun de faire son choix. Essayons donc d’en faire un inventaire à la Prévert. Commençons pas deux groupes: un par défaut et l’autre plus volontariste. Etre belge et s’identifier avec

– un pays de l’à peu près, de petits arrangements, des ayants droit, des petits manquements civiques, d’une netteté urbanistique et paysagiste approximative, de l’attente anxieuse de la retraite, d’une tolérance linguistique moins solide que la tolérance culturelle, d’un certain Dutroux, de la Guerre des 15 jours, d’une période coloniale trouble, etc..

ou avec

– un pays du compromis permanent, d’arrangements positifs, de l’inventivité, de la tolérance mutuelle, de l’originalité culturelle mixte, de la gouaille, d’un goût avant- guardiste sûr et parfois naturel, de la fête, de Tintin , de Spirou et de Blake et Mortimer, de « la Reine et moi… », de peintres prestigieux, de monuments témoins, de la bière et du sucré-salé….

Et si l’identité belge était justement celle qui permet de naviguer (avec aisance!) dans toutes ces contradictions, ces valeurs diverses, de s’y retrouver, de continuer malgré tout à vouloir vivre ensemble dans une société de tolérance et de ( !) respect. On définira donc l’identité belge celle qui pousse les citoyens de ce petit triangle de terre à « s’arranger » d’une manière ou d’une autre pour vivre ensemble et bien.
Les cyniques auront beau jeu de dire que, dans une tautologie infernale, l’esprit national belge d’autodérision ne permettra jamais de poser la bonne question. Le belge serait finalement celui qui revendique son unicité en ne posant jamais la question de son identité. Par rapport aux pays voisins l’ identité nationale des Belges serait donc, de manière surréaliste bien sûr, de ne pas en avoir. A l’extrême, la Belgitude survivra ainsi à la Belgique.

Astrid Malingreau

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