1/ Vous êtes intervenue à de nombreuses reprises lors de l’examen de cette proposition de loi. Pourquoi ce texte revêt une telle importance à vos yeux ?
Effectivement ce projet me parait central. Notre pays souffre de clivages de plus en plus marqués, et il me parait urgent d’agir dans le sens d’une cohésion sociale et républicaine. C’est pour cela que je poursuis et poursuivrai toujours le but de donner à cette mesure qui pourrait être phare, et concerner plusieurs Ministères, la dimension et l’ambition d’être et de constituer le lieu d’un rapprochement de l’ensemble des français d’une même génération, de manière obligatoire (comme l’est l’école).
Ceci bien entendu, sans fermer la porte aux autres français souhaitant s’y joindre. Il est urgent de mettre une fois dans leur vie, et dans une période limitée, en situation de traitement égal, et surtout, en situation de fraternité; la cohésion sociale et républicaine est à ce prix.
Les théories, les bons sentiments sont nécessaires mais rien, rien, ne peut remplacer la mise en situation et la pratique. Profondément républicaine, j’ose penser et affirmer que les enfants nés aujourd’hui dans des milieux dits fragilisés, si on leur en laisse la possibilité, pourront demain devenir les chevaliers de l’industrie, des élites intellectuelles, et même des Ministres de la République. Pierre Bérégovoy, Fadela Amara, Bill Gates etc, en sont les démonstrations les plus flagrantes.
Ces talents confirment ma conviction et mon intuition: ne soyons jamais misérabilistes, mais offrons le choix de la liberté au travers de la fraternité.
2/ Le texte prononcé vous semble-t-il répondre aux attentes ?
Je ne suis pas convaincue par le texte. Néanmoins, la ferveur du haut Commissaire à la Jeunesse commande d’attendre quelques mois pour pouvoir me prononcer. Peut-être la mesure sera-t-elle plus lisible, voir identifiable, peut-être les associations y trouveront-elles davantage d’intérêt, mais là encore se posera, à mon sens et j’espère me tromper, le problème de l’égalité de traitement entre les volontaires.
3/ Vous vous êtes déclarée favorable à un service civique universel et obligatoire. Votre souhait est-il partagé dans la classe politique ?
Vous savez, 470 parlementaires et personnalités aussi diverses et célèbres que l’Abbé Pierre, Valérie Pécresse ou Bernard Kouchner ont signé un appel au Service civique obligatoire et universel émis par Monsieur Max Armanet, prévoyant un dispositif qui mettait en situation à la fois de fraternité mais aussi d’apprentissage du civisme l’ensemble des citoyens français qui faisait partie de ce dispositif. L’immense majorité des personnalités politiques intervenues dans le débat sont allés dans le sens de cette proposition de loi en expliquant que cette mesure était bienvenue, nécessaire mais surtout nécessairement transitoire vers un dispositif qui serait universel et obligatoire, capable de réunir l’ensemble des français dans une mise en situation de fraternité, d’égalité et d’ouverture vers l’avenir.
Surtout, surtout, évitons le misérabilisme, et au plus proche de la République, soyons conscients que les enfants de tous milieu sont aptes à occuper les plus hautes fonctions.
Il est évident que les finances de l’État vivent un moment très difficile dû à la crise, et même si j’ai la conviction que ce service civique obligatoire et universel est un impératif pour la cohésion républicaine française, qui doit passer devant bien d’autres, il me semble que dans un schéma réaliste, il n’est pas imaginable qu’il soit mis en place avant une période allant de trois à cinq ans. Néanmoins, il me parait incontournable de mettre en place en amont et dans le cadre de cet objectif, des territoires d’expérimentation qui soient pilotes sur ce sujet. Refusant toute forme de misérabilisme, et pensant que cette expérience doive profiter à tous les français, sans stigmatisation aucune, je proposerai que les territoires pilotes présentent socialement mixtes.
4/ Si vous deviez effectuer votre service civique, quel organisme choisiriez-vous ?
Je suis une grande fan des Restaus du Cœur, et de la personne qui les a crée Michel Lucci, appelé Coluche pour le grand publique. Néanmoins, je reste sensible, et surtout concernée, par la nécessité que nous avons aujourd’hui de devenir tant des citoyens français que des citoyens européens. Et de fait, il me paraît essentiel de se tourner vers l’Europe, et de faire partie d’une association qui promeuve la citoyenneté européenne. Puis enfin, ma connaissance de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique Latine, me pousse à orienter toute la jeunesse qui souhaite s’expatrier au-delà de l’Europe, vers les pays émergents. La France et l’Union ont besoin de partager et de confronter leurs valeurs avec d’autres cultures.
