Les Suisses se sont prononcés dimanche dernier par référendum pour interdire la construction de future minarets sur leur territoire. Il n’est pas opportunt de se prononcer sur un vote démocratique ni de demander, comme le fait la gauche française par exemple, aux Suisses de revoter. Nous n’accepterions pas, nous, Français, que des bien-pensants viennent nous dire que notre vote est dangereux et qu’il faut voter à nouveau. La gauche commet une grave erreur en remettant en cause l’expression de la souveraineté nationale d’un pays voisin.
Cette question de l’interdiction des minarets n’a pas lieu d’être en France. A ma connaissance, il y a seulement deux minarets de plus de 25 mètres (à Lyon 29,9 mètres et à Paris 33 mètres) et seulement une vingtaine de mosquées ont un minaret sur 2 000 lieux de culte. C’est surtout une question d’urbanisme local, l’Etat n’a pas à intervenir dans la décision d’ériger ou non des minarets. Si les populations locales souhaitent qu’un minaret soit édifié, si la mairie donne son accord, alors l’Etat n’a pas à intervenir. Rappelons aussi que la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat dispose que l’Etat ne peut pas financer la construction d’édifices religieux, et c’est heureux !
Si l’on devait interdire la construction de minarets en France, c’est tout l’Islam et chaque musulman qui seraient durablement stigmatisés. De plus, il n’y a qu’un pas de la stigmatisation à la victimisation. Stigmatiser la communauté musulmane c’est aider ceux qui veulent instrumentaliser les rancœurs et les frustrations, à des fins politiques. C’est aider la frange la plus extrémiste de l’Islam. Il ne faut pas que la question des minarets cristallise les extrémismes comme avaient pu le faire en leur temps les caricatures de Mahomet. La laïcité assure la liberté de culte et la cohabitation pacifique de toutes les religions sur le territoire national français; la stigmatisation d’une communauté et son éventuelle victimisation ne servent pas la laïcité, mais la mettent en danger.
Le débat nécessaire sur l’identité nationale ne doit pas être pollué par cette question des minarets et se transformer en débat sur l’Islam et sa place dans la République. Il ne saurait y avoir debat : l’Islam et les musulmans ont toute leur place en France. Notre Republique est ouverte, mais elle est aussi sereine et sûre de ses valeurs.
Benjamin Lancar
