Changement climatique? Est-ce la bonne question ?
« Home », « An Inconvenient Truth », « le Syndrome du Titanic »… Voilà quelques merveilles cinématographiques qui ont alerté, si besoin en était encore, le grand public sur la grande question du changement climatique. Le monde politique a suivi le pas des scientifiques et des citoyens dans ces préoccupations qui, chez certains, ont vite pris l’allure d’une cause célèbre.
Rappelons, en quelques lignes, l’exposé du problème: 1. notre société émet une quantité importante de gaz qui exercent dans l’atmosphère le fameux effet de serre, 2. ce phénomène peut conduire à une augmentation de la température globale de la terre, 3. ce réchauffement peut avoir sur notre société des impacts indésirables. Il ne faut pas être grand scribe pour se rendre compte que sous ces questions se cachent à la fois des vérités scientifiques mais aussi de nombreuses incertitudes.
Les scientifiques se sont aujourd’hui mis d’accord pour établir que la terre ne pourrait pas supporter un réchauffement climatique de plus de 2° centigrades en 2050. Les conséquences pourraient en être catastrophiques. Ce fameux 2°C est devenu de fait un objectif politique (voir G20 et Copenhague) et un exemple rare d’officialisation d’une hypothèse scientifique. Mais ces maîtres qui nous gouvernent savent-ils à quoi ils s’engagent?
En retravaillant à rebours la physique de ces phénomènes complexes on a établi que notre société devrait donc réduire ses émissions de gaz à effet de serre (principalement le CO2) et le ramener à son niveau des années 80. Quand on sait que l’énergie est le nerf de l’économie et de la vie en société, cette proposition en effrayera plus d’un. Devant un problème de cette taille, on aurait tendance à se caler dans son fauteuil et à soupirer comme de Gaule « Vaste programme ! ». Vaste programme – indeed- qui pourrait mettre à mal de nombreux principes de base de notre société contemporaine (par exemple la liberté de mouvements, l’accès à l’énergie, etc).
Couverture du Monde du Mercredi 21 Octobre 2009 : « Climat: le réchauffement marque-t-il un pause? ». L’augmentation de la température de la terre semble effectivement avoir subit un léger ralentissement depuis trois ans. Cette article phare -mais qui aurait été anathème il y a quelques mois seulement- serait-il un signal de la première faille dans le point b de notre introduction (le réchauffement) ? Est-ce une première pierre qui en tombant va déliter la forteresse climat? La nouvelle n’est cependant pas surprenante car il existe en effet tellement d’effets régulateurs dans ce qu’on appelle notre « système terre» (voir par exemple le rôle des océans, des cycles solaires, des aérosols, etc) qu’on ne peut établir avec certitude le degré ni la rapidité du réchauffement. Or, il est quand même essentiel pour orienter la société de demain de savoir si le degré de réchauffement prévu se déroulera sur dix ans, un siècle ou un millénaire. Première incertitude donc à régler sans délai. Le titre du Monde nous rappelle, en plus, qu’une hirondelle ne fait pas le printemps et que les changements climatiques se déroulent toujours sur de longues périodes. Le fait que la température augmente ou diminue sur des intervalles de quelques années n’a aucune signification climatique.
La question des impacts taraude aussi notre monde politique car c’est en effet là que le bât blesse. Il n’est pas du tout établit aujourd’hui que les catastrophes qu’on nous présente comme des signaux directs du changement climatique le soient effectivement. Trop facile de blâmer le changement climatique alors que bien souvent il s’agit un aléa normal du climat d’aujourd’hui ou d’un effet de l’exposition irréfléchie de notre société à l’impact de ces extrêmes climatiques. Si l’on construit dans les plaines, on ne s’étonnera pas qu’une inondation ravage les propriétés, si l’on dénude les pentes on ne doit pas s’étonner de pics de crue à l’ampleur imprévue … changement climatique ou pas. Depuis quelques années, le climat a bon dos et il est plus facile de blâmer des pépins climatiques que l’impéritie humaine.
Alors comment se positionner dans ce débat complexe? En suivant bien sûr l’évolution de la recherche, en ne suivant pas des gourous bien intentionnés mais partiaux, en pesant le pour et le contre des options de réponse aux changements climatiques potentiels, en repositionnant peut-être le climat dans un contexte plus utile de gestion raisonnée des ressources naturelles de la terre. Celles-ci vont en effet être mises à mal par une population qui atteindra probablement les 9 milliards en 2050 avec 60% dans les villes.
Les grands défis du futur sont précisément ceux qui sont associés à notre mode d’exploitation des ressources de notre planète, au développement d’une intelligence technologique et politique qui contribuera à satisfaire les besoins de chacun. Dans cette équation complexe le climat n’est probablement qu’un élément secondaire qui pourrait exacerber mais peut-être aussi faciliter certaines solutions. En d’autres termes, il faut construire le monde que nous voulons et pas celui qu’on nous prédit.
Astrid Malingreau





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