Il n’a pas connu le succès escompté, pas davantage que l’échec redouté. Il a connu les turpides d’une Europe fragilisée par le Traité de Nice ratifié en 2001 et incapable de se consolider par une acceptation unanime du Traité de Lisbonne. Il ne faut donc pas mésestimer le bilan de la première Commission présidée depuis 2004 par Monsieur Barroso, Portugais polyglotte, juriste de formation. Ni sous-estimation, ni surestimation. Certains auraient de fait, certes, souhaité un investissement plus marqué du président mais on ne peut attendre de la Commission ce qui relève de l‘œuvre des Etats. Tous admettront néanmoins qu’il a mené à bien l’élargissement et accompagné autant que possible la gestion de la crise géorgienne l’an passé, dûment orchestrée par la présidence française, de même que celle de la crise énergétique avec la Russie.
Ni surprise, ni dépit. La réélection de José Manuel Barroso, saluée par les chefs d’Etat et de gouvernement des différents pays européens, aux premiers rangs desquels le président de la République française, Nicolas Sarkozy, s’est faite sans heurts ni fracas. Les détracteurs du président Barroso ont eu tort. Tort car, pour assurée qu’elle était, la majorité obtenue est absolue[1], conformément à ce qu’elle devrait être dans le cadre du Traité de Lisbonne. Tort car, pour renouvelé qu’il est, le choix José Manuel Barroso n’a pas le parfum d’antan mais la saveur des premiers jours, ouvrant la voie à une politique plus sociale selon les dires de l’élu.
Alors que les 26 portefeuilles de la Commission restent à être attribués, Monsieur Barroso s’est attaché avec succès à convaincre les Irlandais, de nouveau soumis à la question de l’instauration ou non du Traité de Lisbonne. Ce sont quelque 67,3%[2] d’Irlandais qui ont accordé leur « oui » au texte européen. Ce « oui » est le signal d’une nouvelle phase pour l’Europe, le symbole d’une Europe en phase et la prise de conscience, parfois tardive, de sa nécessité en des temps de crise. De nombreux défis pointent à l’horizon communautaire. D’une crise bigarrée en couleurs, touchant au climat, à la finance, à l’emploi et au lait, il faut désormais sortir. Déterminé à forcer le cours des choses, le président reconduit, aux côtés des commissaires et des Etats, devra les relever.
Laurence Boivin
[1] « 382 pour, 219 contre et 117 abstentions », Jean-Jacques Mével, « Commission Barroso II : les tractations commencent », Le Figaro, 17 septembre 2009.
[2] Jean-Jacques Mével, « Après le vote irlandais, la menace tchèque », Le Figaro, 2 octobre 2009
