Voila maintenant plusieurs mois que la crise gèle l’économie du monde entier. Cependant, grâce à une mobilisation historique des grands pays européens, l’euro a fait éviter le pire à l’Union européenne. Dans cette Europe souffrante, un cas tout particulier se dessine : celui de l’Espagne. Ce pays avait fait le choix de miser sur le BTP plutôt que sur la recherche, un rêve à fin tragique…
Rappelons nous qu’il ya un an, l’Espagne faisait encore saliver l’Europe entière avec la pulvérisation de tous les records, comparable à nos Trente Glorieuses… 3, 2 millions d’emplois créés depuis 2004, un taux de chômage divisé par deux et un redressement spectaculaire des finances publiques avec un excédent de 2, 2% du PIB. C’était en état encore plus riche que l’Italie, que l’Espagne rentrait au club des plus grosses puissances économiques de la planète…
Mais aujourd’hui, le sort de cette grande nation est bien différent et l’on estime une baisse de 1, 4% du PIB pour l’année 2009. Les zones commerciales alignent des profits dérisoires, les chantiers sont à l’arrêt (mise en chantier diminuée de 50%), les défaillances d’entreprises explosent avec plus de 150% en un an et les agences d’emploi sont prises d’assaut. Il est estimé que le taux de chômage serait, en fin d’année le double qu’en 2007, soit plus de 4 millions de chômeurs…
L’ampleur sociale de cette crise ne peut être mise de côté, avec l’abus des crédits et emprunts pour les ménages. En à peine dix ans, l’endettement de ceux-ci aurait grimpé de 60 à 140 % du revenu brut disponible : un niveau deux fois plus élevé qu’en France. Les immigrés autrefois utilisés pour les récoltes sont rejetés, les Espagnoles ne peuvent plus se permettre de refuser un emploi… Les ménages sont donc de plus en plus nombreux à ne plus pouvoir honorer les échéances.
Les secteurs du tourisme et de l’automobile s’apprêtent à l’effondrement. Avec la chute libre de la consommation, les commerces affichent des baisses de chiffre d’affaires de 30 à 50 % que les soldes « géants » lancés pour les fêtes de fin d’année n’ont pu éviter. Certaines boutiques sont contraintes à baisser les prix, d’autres « le rideau »…
Pour honorer les 11 milliards d’euro de relance, le premier ministre socialiste José Luis Zapatero a pris le choix irrévocable d’instaurer le déficit au sein des finances publiques. Cette relance sera surtout présente dans un programme de grands travaux, mais parait déjà insuffisante et les créations d’emplois qu’elle comprend seront un goutte d’eau face à l’explosion actuelle du chômage. Alors, l’Espagne pourra t-elle sortir de cette crise sans changer son modèle économique ou s’ouvrir à la recherche ?
Quentin Bataillon
