Le 2 février, le premier ministre, François Fillon, a détaillé à Lyon les 1000 premières mesures concernant le plan de relance. A côté des mesures pour l’emploi, de la construction de grandes infrastructures de transport, de logements ou de la rénovation du patrimoine, il existe un grand absent : le sport et les équipements sportifs. Alors que les infrastructures sportives de haut niveau font cruellement défaut en France, nous ne pouvons que déplorer cette regrettable absence. L’état des lieux est simple : dans la plupart des cas, les stades et les salles de France sont vétustes et ne répondent plus aux critères des années 2000 en termes de confort, de services ou de capacités d’accueil. Par conséquent, face à ce constat, pour remédier à ces maux, il aurait été judicieux d’intégrer le sport dans le plan de relance.
Des équipements vétustes
Le principal frein au développement des clubs professionnels français tient dans la vétusté et dans la capacité d’accueil insuffisante des stades et des salles. A titre de comparaison, le club de football de Manchester United, grâce à son stade, gagne en un match ce que Lille gagne en une saison. Le rapport Besson sur la compétitivité des clubs de football professionnels, paru en novembre dernier, pointait du doigt ces manques et voyait dans les stades la plus grande faiblesse. En outre, les enceintes françaises sont loin de correspondre à la dernière génération de stades qui, alliant multifonctionnalité et multi-activités, multiplient les sources de profits. A ce jour, le seul qui pourrait répondre à ces critères (et encore, il demanderait quelques aménagements), le stade de France ne dispose d’aucun club résident, ce qui paraîtrait comme une hérésie chez nos voisins européens, l’Angleterre mise à part.
Le manque de modernité est assez criant : nos clubs sont à l’étroit dans leurs infrastructures. Ce constat ne concerne pas le seul football et est à élargir à l’ensemble des équipements sportifs, tous sports confondus. Le palais omnisport de Paris-Bercy a plus de 20 ans et, à ce jour, aucun équipement plus moderne n’est venu le concurrencer tant en termes de capacités, de qualités d’infrastructures que de confort. A l’heure où la NBA (ligue nord américaine de basket-ball) se penche de plus en plus sur la création, dans un avenir proche, de franchises NBA en Europe, aucune ville française n’est en mesure d’accueillir une équipe en raison du défaut de salle moderne alors que la France est le deuxième pays pourvoyeur en nombre de joueurs après les Etats-Unis.
Les bienfaits de l’investissement
Au-delà des paradoxes qui peuvent apparaître entre les préconisations des rapports officiels et les choix politiques, construire un stade moderne ou une salle omnisport, ce n’est pas simplement édifier un simple équipement sportif. A court et à long terme, des emplois directs et indirects sont créés. Autour des stades modernes, se créent des poumons économiques autour duquel des entreprises s’installent, profitant du cadre, des voies de communications et de la qualité des aménagements.
Par ailleurs, les bienfaits du sport pour la santé ne sont plus à démontrer. Investir dans les enceintes sportives n’est pas sans retombées. En premier lieu, on favorise la démocratisation du sport. Les équipements sportifs de qualité et de haut niveau constituent un atout majeur dans le cadre d’une candidature aux Jeux Olympiques. La principale faille dans les dossiers de Paris 2008 et de Paris 2012 pour l’obtention des JO était … son manque d’infrastructures déjà existantes. Doter la France d’un réseau d’équipements sportifs serait sans aucun doute un atout considérable dans le cadre d’une prochaine candidature, par exemple pour 2020 ou 2024.
Quelques exemples concrets
Les exemples seraient là aussi nombreux mais concentrons-nous sur quelques exemples emblématiques et sur quelques propositions concrètes d’équipements qui auraient toute sa place dans le plan de relance. En effet, ces propositions auraient un impact réel en termes d’emplois et permettraient surtout de moderniser les infrastructures.
La France s’est portée récemment candidate à l’organisation du championnat d’Europe de football 2016. Pour obtenir l’Euro, il faut répondre à un cahier des charges très précis, en particulier en terme de stades. Cela passe par la construction de nouvelles enceintes ou la rénovation des plus anciennes. A ce sujet, nous ne pouvons que regretter qu’un amendement au plan de relance, prévoyant que les stades soient considérés comme étant d’intérêt général, ait été rejeté par l’Assemblée Nationale fin janvier. Cette solution était pourtant préconisée par le rapport de la commission Grands Stades présidée par Philippe Séguin. Des projets de nouveaux stades existent et pourraient être soutenus un peu plus largement dans le cadre du plan de relance.
A l’image de la politique des « Zénith » érigés dans les villes de France à partir des années 1980 pour promouvoir la culture dans des lieux modernes et dédiés, il paraît intéressant d’étudier la piste de l’édification de palais omnisports dans les principales villes françaises en jouant sur la complémentarité : outils multifonctionnels, ils seraient à la fois lieu de sport, mais aussi lieux de spectacles et de cultures. Ce maillage aurait pour avantage notamment d’encourager l’accueil d’événements sportifs majeurs en province.
Etant donné que le plan de relance est basé sur l’investissement et doit favoriser la réalisation de projets mis de côté faute de crédits, le sport pourrait légitimement contribuer à l’effort de relance national.
Nous pouvons citer la poursuite et l’accentuation du projet de rénovation de l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Education Physique). On pourrait y inclure le projet de piscine olympique à Aubervilliers qui pourrait à terme accueillir de grandes compétitions internationales. Il en est de même pour la construction d’un grand vélodrome, véritable serpent de mer, dont on parle depuis une dizaine d’années sans que le dossier n’ait avancé d’un iota. Aujourd’hui, une partie des cyclistes sur piste français s’entraîne sur la piste hors-norme de l’INSEP qui mesure 166 mètres de longueur alors que la distance olympique est de 250 mètres. Jadis puissance dominante (en 1996 ou en 2000), le cyclisme sur piste français avec ses infrastructures limitées est aujourd’hui rentré dans le rang, loin derrière les Anglais (7 médailles d’or sur 10 épreuves) qui profitent à pleins du fantastique outil de travail que constitue le vélodrome flambant neuf de Manchester.
La France possède un net retard en termes d’infrastructures sportives. Pire, ce retard semble progresser d’années en années. Les exemples sont nombreux d’équipes françaises, tout type de sports confondus, qui sont rentrés dans le rang et ont perdu en compétitivité. Ce constat effectué, le sport avait légitimement toute sa place dans le plan de relance. Il est donc souhaitable que les rapports (unanimes) soient suivis d’effets et que le sport ne soit plus l’oublié du plan de relance.
