En juillet 2008, la France accédait à la présidence tournante du Conseil européen et voulait fonder son action sur deux piliers majeurs : « l’Europe protectrice » et « l’Europe des citoyens ». Depuis, l’été est passé et l’Union européenne a été confrontée à deux crises : une crise diplomatique et militaire dans le Caucase, une crise financière à l’échelle mondiale. Nicolas Sarkozy a fait preuve d’une réactivité capitale dans ces deux cas, mobilisant l’ensemble des énergies pour tenter d’apporter une réponse européenne à des événements concernant l’Union dans son ensemble. De fait, ces deux crises sont de natures différentes mais mettent en évidence des éléments communs. Elles montrent l’utilité de l’action européenne, qui consiste avant tout à agir ensemble quand l’intérêt commun est en jeu, mais aussi qu’il est impératif de renforcer les capacités d’interventions de l’Union européenne, ce qui passe notamment par un leadership fort.
Depuis que Nicolas Sarkozy s’est rendu en Russie et en Géorgie pour négocier au nom de l’Union européenne le règlement des événements d’Ossétie du Sud, la situation sur le terrain a évolué positivement. Comme prévu, les observateurs de l’Union européennes sont arrivés dans le Caucase et les troupes russes se sont retirées des zones tampons de Géorgie. La position commune des Vingt-Sept sur ce sujet n’était pas assurée : avoir obtenu un mandat clair de l’Union européenne a permis à Nicolas Sarkozy de négocier à partir d’une base solide avec l’hôte du Kremlin. Aujourd’hui la Russie est consciente qu’elle est voisine d’une puissance comptant 450 millions d’habitants, et non pas uniquement de 27 Etats dont certains furent ses satellites ou des parties intégrantes de son territoire. Ainsi c’est la Russie qui a proposé de travailler à l’établissement d’un traité pour la sécurité collective en Europe. Les destins de ces deux ensembles sont liés ; géographiquement, économiquement, les enjeux sont communs.
La crise financière montre aussi la force de l’Union européenne. L’indice le plus clair, mais aussi le moins évident, car tant décrié, c’est la monnaie unique, l’euro. La Banque centrale européenne fonde son action sur une doctrine visant avant tout à lutter contre l’inflation, ce qui conduit à une politique de stabilité des taux d’intérêts. Cette démarche est à l’opposée de celle des banquiers centraux américains, qui régulièrement n’hésitent pas à baisser fortement les taux directeurs pour tenter de soutenir la croissance. Elle a été quelque peu écornée par la forte baisse des taux décidée en concertation avec les principales banques centrales pour réagir face à la crise qui frappe les marchés financiers. Si cette baisse exceptionnelle des taux d’intérêts montre que la BCE sait faire preuve de pragmatisme en cas de nécessité, l’Europe est relativement protégée des turbulences financières depuis le début de la crise. Ainsi l’Islande est confrontée à une quasi faillite de l’ensemble de son système bancaire, et l’État islandais lui-même est proche de la banqueroute. Or quelle est la réaction de la banque centrale islandaise ? Elle se tourne vers l’euro en fixant une parité fixe entre la monnaie européenne et la couronne islandaise. L’adhésion de ce petit pays à l’Union, pour profiter du bouclier de l’euro, n’est désormais plus un sujet tabou parmi l’opinion publique, et ne semble plus exclue par la Commission européenne. Si la finance européenne, comme partout ailleurs, est mise à mal par des comportements aberrants, l’union économique et monétaire a là aussi fait la force. La France, tout comme les autres Etats membres de l’Eurozone, serait confrontée à des fluctuations bien plus fortes et à des tentations nationalistes et protectionnistes bien peu profitables pour sa crédibilité.
Les crises actuelles ont démontré l’impérieuse nécessité de renforcer les capacités d’interventions propres de l’Union européenne. Faire avancer l’Europe, c’est avant tout un projet politique porté par une volonté. C’est le cas de Nicolas Sarkozy qui fait aujourd’hui preuve d’un leadership fort en Europe. Par ailleurs, il est président de la République française, qui est un grand État et un pays fondateur : autant d’atouts en main pour conduire efficacement la machine européenne. Mais force est de reconnaître que l’Europe a souffert et souffre encore d’un déficit de politique. Le comportement du commissaire européen au Marché intérieur, l’Irlandais Charlie McCreevy, est à cet égard particulièrement intéressant, lui qui considère que la crise financière actuelle ne méritait pas que l’on s’intéresse davantage aux régulations des marchés financiers. De ce fait, c’est sous l’impulsion politique du Conseil, mais aussi du Parlement européen, que la Commission s’est saisie de cette question et a enclenché son action.
La crise financière montre bien qu’il est plus facile de se retirer dans son pré carré bancaire plutôt que d’accepter d’intervenir pour sauver les établissements basés dans d’autres État européens. Pourtant, chacun sait qu’aujourd’hui les économies européennes sont interconnectées, et qu’aucune grande banque n’intervient dans un seul pays. La rencontre des pays européens du G8 a montré que le « chacun pour soi » était plus facile que la solidarité financière proposée par la France. Pourtant, l’Allemagne, confrontée à une importante faillite bancaire, a eu tôt fait de mettre la main à la poche, puis d’en appeler à une discussion au niveau européen. Le projet politique pour l’Europe, c’est donc avant tout reconnaître l’intérêt d’agir le cas échéant au niveau européen : certains appellent cela le principe de subsidiarité.
L’Europe a démontré sa pertinence mais aussi ses évidentes carences. Elle doit donc se doter des mécanismes pour répondre de manière adéquate aux enjeux auxquels elle est déjà confrontée : instruments financiers, diplomatiques et militaires, institutionnels, etc. Les crises actuelles sont une opportunité qui permet de prendre conscience de l’intérêt de la mise en œuvre d’un réel gouvernement économique européen, d’une réelle diplomatie européenne. Dans ces domaines, c’est aux politiques de prendre leurs responsabilités face aux défis posés par le monde actuel. C’est à eux de trouver les solutions pour continuer à faire de l’Europe un espace de paix et de prospérité, influent dans le monde. Nicolas Sarkozy fait preuve, à l’occasion de la présidence française de l’Union, d’une réelle volonté politique au service de l’Europe et de ses citoyens. Il faut que cet élan continue après le 31 décembre 2008 : la politique doit être de retour en Europe. Ce sera notamment l’enjeu des prochaines élections européennes.
