Ré-vo-lu-tion, ré-vo-lu-tion, révo- lu-tion. Réunis il y a quelques jours dans une grande pièce aux murs blancs, des dizaines d’adolescents en jean et polo scandent leur slogan en choeur. Pour chauffer la salle, une jolie brune s’adresse à eux : «Nous sommes aujourd’hui des révolutionnaires. Nous allons placer cette fin d’année sous le signe de la révolution. ». Contrairement aux apparences, la scène n’a pas lieu dans une réunion des jeunes de la LCR, mais au siège de l’UMP, rue La Boétie, dans le très chic VIIIe arrondissement.
Réunis pour le lancement de l’UMP Lycées, nouvelle branche des Jeunes Populaires (le mouvement jeune de l’UMP),les adolescents présents ce soir sont venus de toute la région parisienne. Le défi est de taille. C’est peu dire, en effet, que le paysage politique et syndical lycéen ne pèse pas en faveur de la droite.Trois organisations principales se partagent les faveurs des lycéens: les ultra-majoritaires, et de gauche,Union nationale lycéenne (UNL) et la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (Fidl, 6000 adhérents chacune) et la très minoritaire, et de droite, Union nationale inter-lycées (Uni Lycées, 4600 membres). La Fidl a été créée par des membres de SOS Racisme, tandis que de nombreux ex-adhérents de l’UNL poursuivent leur carrière syndicale à l’Unef. Ces deux mouvements occupent les trois sièges lycéens au Conseil supérieur de l’éducation et la quasi-totalité de ceux du Conseil national de la vie lycéenne.
C’est dans ce cadre qu’a été créé l’UMP Lycées.Un « laboratoire d’idées » pour reconquérir les établissements du secondaire. Roger Karoutchi, secrétaire d’État aux relations avec le Parlement,connaît bien le sujet, lui qui a été délégué national à la jeunesse du RPR et chargé d’un mouvement similaire pour les lycées et les facs à partir de 1982. Fort de son expérience,il prévient les jeunes militants des difficultés de leur démarche : « Ce ne sont pas les secondes qui vont s’engager.Et le problème des élèves de terminale, c’est qu’au bout d’un an, ils partent à la fac. Il vous faudra donc tout renouveler chaque année. » Autre cactus : les relations avec l’Uni Lycées. Là encore, Karoutchi prévient: «En 1982, nous avions déjà le problème du positionnement par rapport à l’Uni. Il faut arriver à être complémentaire. À l’époque, nous n’y étions pas parvenus complètement. » Puis en rigolant: «En fait, nous n’y étions pas parvenus du tout. »
Jeune président de l’UMP Lycées, Louis Morin se veut cependant optimiste: «Nous tracterons à l’extérieur des établissements scolaires.Notre but n’est pas d’entrer dans les lycées mais de travailler pour les lycées, avec les lycéens, et avec Xavier Darcos.» Cette fidélité assumée au ministre de l’Éducation nationale a fait réagir la Fidl, ironisant sur les « pom pom boys de Darcos » et dénonçant des «jeunes gens, sans doute fort bien élevés, qui se comportent en apparatchiks ». Sans doute. Reste que l’UNL, a rappelé le ministre de l’Éducation, est elle-même «très liée au parti socialiste ». Une raison de plus, a-t-il poursuivi, de créer l’UMP Lycées,comme un « contrepoids » aux organisations classées à gauche. Une déclaration qui, si elle n’a pas été du goût de cellesci, ne l’a pas été non plus de l’Uni, accusée, entre les lignes, de ne pas faire son travail face à des syndicats lycéens de gauche très actifs dans la contestation des réformes…
La création de l’UMP Lycées, comme celle de l’UMP Campus au même moment, s’inscrit en tout cas dans le contexte d’une vaste campagne de recrutement de nouveaux adhérents, lancée depuis les universités d’été de Royan. Nicolas Sarkozy aurait donné un objectif précis au nouveau président des Jeunes Populaires, Benjamin Lancar : gagner 20 000 adhérents en deux ans,en passant de 30000 à 50000. Pour cela, il faut ratisser large – des lycées aux universités, en passant par les grandes écoles. Au risque de marginaliser l’Uni?
